IN MEMORIAM

On vous oubliera mes camarades. Oh ! je sais bien, c’est odieux, c’est cruel, mais pourquoi s’indigner : c’est humain… Oui, il y aura du bonheur, il y aura de la joie sans vous, car, tout pareil aux étangs transparents dont l’eau limpide dort sur un lit de bourbe, le cœur de l’homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond…
On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu’ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.
Non, votre martyr n’est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera encore, quand la bêche du paysan fouillera votre tombe. Les maisons renaîtront sous leurs toits rouges, les ruines redeviendront des villes et les tranchées des champs, les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais vous, vous ne rentrerez jamais. »

« Les croix de bois », Roland Dorgelès, 1919.

Pendant la deuxième guerre mondiale, des millions d’hommes ont porté l’uniforme. Ils ont tous combattu pour une cause qu’ils croyaient juste, ou tout simplement pour défendre leur famille et leur foyer. Loin des discours politiques, les soldats du front furent confrontés au danger et à la mort pendant six longues années. Des sables brûlants d’Afrique du Nord, jusqu’au steppes glacées de Russie, en passant par les plages de Normandie, ils n’ont jamais failli à leur devoir et ont été jusqu’au bout de leurs idées. Beaucoup sont morts, d’autres ont survécu, marqués à jamais par les visions d’horreur des combats dantesques auxquels il sont participé. Le nombre de ces survivants s’amenuise de jour en jour, et bientôt, il n’en restera plus. Il est de notre devoir de recueillir leurs témoignages et leurs souvenirs, afin de faire savoir aux générations futures ce qui s’est passé pendant ces années, et ce que fut la vie de ces hommes qui ont combattu et sont morts pour que d’autres puissent vivre.
Ne les oublions jamais.

Georg Jagolski (+)

M. Georg Jagolski était président de l’association des divisions de campagne de la LW. Toute sa vie, il s’est battu afin de rendre hommage à ses camarades de combat.

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Georg Jagolski (le soldat le plus proche qui regarde l’objectif) sur le front russe, en 1942.